A la recherche des chômeurs perdus avec Google

Dégâts collatéraux de la crise des subprimes oblige (Octobre 2008), beaucoup de Français sont mis au “repos forcé”. Pour rappel il y a eu 90 000 chômeurs en Janvier 2009. Voilà de quoi commencer l’année sur les “chapeaux de roues”. La situation n’est pas en voie d’amélioration puisque les entreprises continuent de licencier tout au long de l’année, gonflant les chiffres du chômage de la moitié de 2009 pour atteindre un pic historique.

Après avoir augmenté de 100.000 en janvier et de 80.000 en février, le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi en catégorie A, c’est-à-dire ceux qui sont tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi et qui n’ont pas travaillé une seule heure dans le mois, a de nouveau progressé de 63.400 en mars (+ 2,7 % par rapport à février), soit une hausse de près de 250.000 au premier trimestre. Dans ses dernières prévisions, l’Insee tablait sur un chiffre assez proche (281.000 chômeurs de plus), mais pour l’ensemble du premier semestre ! Sur un an, le chômage a déjà crû de 22,1 %. Le nombre de chômeurs atteint 2.448.200 à la fin du mois dernier, le seuil des 2,5 millions pourrait donc être franchi très rapidement. Si l’on ajoute les chômeurs ayant travaillé occasionnellement dans le mois, le nombre de demandeurs d’emploi s’établit à 3.480.700, en hausse de 77.000 en mars (+ 2,3 %).

Je me suis donc intéressé à l’évolution du traffic des gros sites web pourvoyeurs d’annonces d’emplois et débusquer les pics de traffic.

Les gros sites d’emplois nationaux

Pour l’occasion, je me sers donc de Google Web Trends. Les gros sites nationaux (hors APEC er ANPE) sont les suivants: Monster.fr, cadremploi.fr, cadresonline.com, et keljob.com

jobtrendA ma grande surprise, le trafic envoyé par Google sur ces sites a une tendance décroissante. Outre la tendance décroissante, on observe les creux pour chaque année pendant les vacances scolaires et pendant les fêtes de fin d’année, où les gens ont plus tendance à faire la fête au détriment de la recherche du travail. La tendance est la même pour tous les sites de recrutement en ligne.  Ces visites sont issues du moteur de recherche de Google, mais comme ce dernier a une part de marché de 90% en France, on peut s’appuyer sur ces chiffres. Par contre quelle est la part des visites générées par les requêtes dans le moteur et la part des données recueillies par Google Analytics? si nous ne pouvons avoir de certitudes concernant les chiffres dans l’absolu, analyser la tendance des courbes est censée. Est ce que ces sites ont diminué leur budget de communication? contribuant à la diminution du traffic?

Regardons du côté de l’ANPE et de l’APEC (Agence d’emploi pour les cadres):

jobtrend2

Surprise, l’ANPE et l’APEC suivent les mêmes trajectoires que les sites précédents. Si une mauvaise conjoncture économique détruit des emplois, les annonces d’emplois diminuent en nombre mais les consultations des sites web devrait augmenter. Or ce n’est pas ce que nous observons. Regardons ce qui se passe pour les agences d’intérim:

jobtrend3Là également, la tendance est à la baisse. Mais où sont passé les chômeurs?Notez au passage le pic de traffic pour Expectra.fr (cela devrait correspondre à une vaste campagne de publicité).

Maintenant analysons sous un autre angle la situation de l’emploi. Regardons le volume de recherches ayant abouti à une visite sur un site d’offre d’emplois (en utilisant Google Insight for Search):

jobtrend4

Attention l’échelle de temps n’est pas la même que les images précédentes. Globalement, le volume de recherche est stable (en ne considérant que la période 2008 et ultérieure). On observe même une baisse vers la fin de l’année.

jobtrend5Cette image ci-dessus est un “zoom” de l’image précédente. Surprise, le volume de recherches semble augmenter à partir de février 2009.

Voici en prime une capture réalisée avec Alexa Sparky. Le graphe montre l’évolution sur 4 mois du traffic vers le site de Pôle Emploi (Là où l’on déclare sa situation mensuelle pour toucher son allocation chômage).

jobtrend6

Sans surprise les trois pics correspondent à l’intervalle de temps où vous devez déclarer votre situtation d’où les pics. Cependant ne remarquez vous pas que le premier mois de l’intervalle est bien en dessous des trois suivants en terme de traffic? Les données d’Alexa ne sont pas fiables à 100%. Aussi je ne tire pas de conclusion définitive. J’émettrai juste quelques hypothèses:

  1. Les chômeurs ne se ruent pas vers les sites d’offres d’emploi en ligne
  2. Le budget SEM de ces sites a baissé (voire baisse des postes de publicité traditionnelle) crise économique oblige.
  3. Chercher du travail sur les sites n’est pas encore rentré dans les moeurs des Français
  4. Les sites d’offres d’emplois ont besoin d’un meilleur référencement
  5. Google n’est pas fiable pour mener ce genre d’analyse
  6. La crise économique est une conspiration (just joking !)

En tout cas, l’ambiance morose n’empêche pas certains cyniques de se faire de l’argent autour du chômage. Et vous, voyez vous d’autres raisons à ce paradoxe?

Mise à jour : Une 6ème vrai raison, est que ces sites sont connus des internautes à force de publicité et ont gagné une certaine notoriété, au lieu de chercher le site dans un moteur de recherche, on tape directement l’adresse du site dans la barre d’adresse du navigateur.

Yvon Huynh

Refschool est un référenceur / développeur full stack, il a commencé à faire du développement de site web, avant de brancher vers le développement web, front end et back end. Il poursuit sa passion de référenceur en bloggant de temps à autres sur le sujet du webmarketing.

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11 réponses

  1. Bonjour,

    Le paradoxe apparent est simple a expliqué. Le traffic d’un site Internet est essentiellement lié à deux facteurs : sont indexation sur Google (90% de ses visiteurs) puis surtout (une fois le site positionné) son volume de contenu. Google, c’est comme un Tamagotchi, pour qu’il bouge il faut le nourrir. Le trafic d’un site est mathématiquement lié à son volume de contenu. Avec la crise, les recruteurs ont d’une part diminué les recrutements, mais surtout diminué les budgets dédiés aux recrutements et donc à l’achat d’espaces sur les Job Boards. Incroyable ! Moins de postes, moins de trafic sur les sites emplois. Une aberration pour les uns et une logique de moteur pour les autres.

    Cordialement,
    Anonymous Job Board
    Excellent article sur le marché de l’emploi sur Internet. Comme c’est notre métier je réagis. La baisse de trafic est directement liée

  2. admin dit :

    J’ai entendu hier sur BFM Radio que 70% des jeunes diplômés étaient déjà en poste, plutôt une bonne nouvelle. Sur le site de Cadremploi.fr, ils annoncent 13 000 offres d’emplois en ce moment, c’est un chiffre stable sur ce site à ma connaissance.
    @anonymousjobboard je suis tout à fait d’accord que le contenu c’est le nerf de la guerre.

  3. Sophie dit :

    Et la fracture numérique, vous connaissez ?
    Vous raisonnez comme si tout le monde avait les moyens de s’équiper en un claquement de doigt.
    Si les néo-chômeurs ne sont pas équipés à domicile, ils doivent investir immédiatement dans un ordinateur et une connexion internet, pour peu qu’ils en aient les moyens. Et s’ils ont un vieux coucou, ils doivent le remplacer…
    Je rappelle que la moitié des chômeurs en France touche une allocation inférieure ou égale à 946 € par mois et que 3 chômeurs sur 10 n’ont aucune couverture sociale. Donc, pour la majorité d’entre eux, c’est CHERCHER DU BOULOT OU REMPLIR LE FRIGO : qu’on se le dise !

  4. admin dit :

    Selon cet article (un article du Credoc), le taux d’équipement en Internet des Français serait de 58% en 2007. Et voici les chiffres du chômage 2007-2008 en France (source INSEE). Au premier semestre 2009, le taux devrait être de 8%. Même si le taux d’équipement de mi-2009 était le même que celui de 2007, le chômage au T2 2009 étant du même niveau que T2 et T3 2007, on devrait avoir une stabilisation du traffic. Or nous savons que le taux de pénétration en 2009 est bien supérieur à 2007 (je n’ai pas les chiffres exacts). Pourtant la fréquentation de ces sites chute. Il y a deux possibilités à cette baisse : 1/de nouveaux sites apparaissent et viennent rogner la traffic des acteurs établis, 2/les sites établis ont diminué leur budget SEM. L’information qui nous permettrait de trancher est la part du traffic de ces gros sites. Sont ils suffisamment représentatifs du traffic global pour avoir un bon niveau de confiance en les chiffres donnés par Google?

  5. FmR dit :

    Intéressant, cependant vous avez oublié http://www.regionsjob.com dans vos calculs.

  6. Commerce dit :

    “Pourtant la fréquentation de ces sites chute. Il y a deux possibilités à cette baisse : …. ”
    J’en vois une 3éme : En toute logique, un “boutiquier” qui vend un mauvais service/produit perds ses clients. Est-ce la faute des clients ou du marchand ?

  7. Commerce dit :

    “”””Cependant ne remarquez vous pas que le premier mois de l’intervalle est bien en dessous des trois suivants en terme de traffic? Les données d’Alexa ne sont pas fiables à 100%. Aussi je ne tire pas de conclusion définitive. J’émettrais juste quelques hypothèses: ….. “””””
    Janvier 2009 :
    – Mise en place de la fusion ANPE/ASSEDIC en PôleEmploi. J’ai consulté le site presque chaque jour (pour m’informer de la fusion), ce que je ne fais jamais puisque mes selections d’offres m’arrivent par mail. (à renouveller tous les 3 mois).
    Mais aussi , toujours en 2009
    Janvier : + 100.400 Chômeurs inscrits
    Février : + 79.900 Chômeurs inscrits
    Mars : + 63.400 Chômeurs inscrits
    Avril : + 58.500 Chômeurs inscrits
    Mai : + 36.400 Chômeurs inscrits

  8. admin dit :

    @Commerce merci pour tous ces chiffres :). Un graphique que je n’ai pas publié concerne les agences d’intérim (Adecco, Michael Page, ex-Vedior Bis). Mais sans doute ai je estimé que le traffic n’était pas suffisamment significatif pour le faire figurer.

  9. Sophie dit :

    CHÔMAGE : LA CRISE BOOSTE LES SITES EMPLOIS

    Les Français comptent sur Internet pour les aider dans la crise. La fréquentation des sites français de recherche d’emploi a augmenté en mai de 45% par rapport à mai 2008, une hausse vraisemblement liée aux effets de la crise économique, selon une étude du cabinet ComScore publiée mercredi. Les internautes ont été 11,5 millions à consulter ce type de sites au cours du mois, contre 7,9 millions en mai 2008. Parmi les sites, plus de 33% se sont tournés vers Pole-emploi.fr : l’organisme, issu de la fusion ANPE-Assedic, a ainsi vu le nombre de ses visiteurs augmenter de 63%, à 3,9 millions. Arrivent ensuite Groupe Vocatis (1,3 million), Trovit France Jobs (1,1 million) et Keljob (1 million).

    “Des millions de personnes se retrouvent sur le marché du travail en raison de la crise financière et ceux qui ont encore un travail se préparent au pire”, explique Delphine Gatignol, responsable de ComScore pour la France. Dans ce contexte, les sites de recherche d’emploi “représentent une ressource inestimable”, a-t-elle souligné. Le trafic a connu un bond soudain en septembre 2008 (+ 37%) après la chute des Bourses mondiales et la “frénésie médiatique” qui s’en est suivie, explique le cabinet américain. Après un fléchissement en décembre, à l’approche des fêtes de Noël, la fréquentation a repris en janvier et atteint son plus haut niveau en avril (12,6 millions).

    (Source : LCI)

  10. admin dit :

    @Sophie merci pour cette source inestimable, en regardant les graphiques 1 et 2, on voit bien qu’au mois de Septembre 2008 une hausse d’un tiers. Sinon en effet il y a contradiction concernant la hausse de 45% de mai 2009 par rapport à mai 2008. J’ai écrit à ComScore pour tenter d’y voir plus clair.
    Je me suis replongé dans la doc de Google Trends pour voir comment ils calculent tout ça, mais rien ne me permet de préciser les graphiques.

    Notez le gadin d’expectra.fr dans le graphique 3 ! soit c’est une pénalité de Google soit c’est la fin d’une campagne de pub. Mais ça m’a tout l’air d’être une pénalité.